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ZiK et ZinC

La culture alternative est un vivier d’expressions en marge.

Mario Schifano, artiste postmoderne et expérimentateur de perceptions.

Publié le 22 Mai 2016 par DB-RBV

Mario Schifano, artiste postmoderne et expérimentateur de perceptions.

Mario Schifano était un peintre et un collagiste italien, mais également cinéaste et musicien de rock. Né dans la Libye italienne où son père, employé du ministère de l'Éducation était transféré, Mario Schifano n’est retourné à Rome qu’après la guerre. En raison de son caractère turbulent, il dû quitter l'école à 14 ans, travaillant d'abord comme secrétaire, avant de suivre les traces de son père qui a travaillé dans le Musée étrusque de Villa Giulia comme archéologue et restaurateur, effectuant, dans un premier temps, les travaux sous influence de l’Art informel dans la période de l'après-guerre (1945-1960). Une expérience décisive, grâce à laquelle, Schifano est venu à l'art. Sa première exposition à Rome en 1959 est un succès et il devient un incontournable de la scène artistique italienne en général, et du postmodernisme en particulier sans qu’on puisse le cataloguer, ni minimal, ni Pop, mais se rapprochant de ces deux tendances. Son style se caractérise aussi par une technique particulière puisqu’il utilise fréquemment l’émail dans ses toiles, ce qui donne une épaisseur de matière brillante. De plus, les supports sont travaillés. Le dessin peut être réalisé sur un carton qui sera ensuite encollé sur une toile. Des coulures de peinture viennent le recouvrir en laissant apparaître des zones vides ou à peine ébauchées. Les traits dessinant les contours des formes sur une toile ne sont pas forcément recouverts par la peinture. D’autres fois, la toile est laissée brute, ainsi, la matière même du support, participe au jeu d’un contraste savamment orchestré. Le dessin occupe également une grande partie de la production de Mario Schifano. Dans leur spontanéité, les œuvres sur papier montrent une même soif d’expérimentations. Les collages sont étonnants, la réutilisation d’enveloppes ou de papier d’emballage est déroutante tout comme les pochoirs. L’ensemble rejette le consensus, au profit d’une liberté sollicitée avec boulimie et constamment réaffirmée. Comme pour conjurer les quelques séjours en prison et en asile psychiatrique qu’a subi l’artiste. Et le personnage est tout aussi déconcertant que ses productions. Séduisant et ambivalent, évoluant dans les milieux de la Jet Set, la vie, l’œuvre, de Mario Schifano, en ont fait l’idole de la capitale italienne alors, en plein effervescence.

Mario Schifano, artiste postmoderne et expérimentateur de perceptions.
Mario Schifano, artiste postmoderne et expérimentateur de perceptions.

Artiste prolifique et exubérant, il s’est néanmoins débattu tout au long de sa vie avec des problèmes de dépendance. Ses penchants pour les paradis artificiels lui ont valu l'étiquette, d’’’artiste maudit’’. Autodidacte, Mario Schifano (1934-1998) développe une œuvre pluridisciplinaire d'influence Pop, où les codes esthétiques s’imprègnent de cette époque caractérisée par le développement de la consommation de masse, le triplement du pouvoir d'achat, dans lesquels le rôle incitatif de la publicité est venu subrepticement se loger. Si le postmodernisme efface le temps et l'espace pour rendre toute la culture immédiatement présente, il efface aussi la hiérarchie entre culture élitaire et culture populaire. L'ironie étant considérée comme la caractéristique essentielle de ce mouvement. Dans les angles abordés comme dans la technique purement picturale, on ressent dans l’oeuvre une certaine sagesse, même si Mario Schifano est un peintre de l’excès, par excellence.

En complément des photos de cet article, voici, dans une vidéo de 3’32, un aperçu de son travail. Tut
to :


En introduisant dans son travail des plaques de Plexiglas qui aplatissent l'image peinte en la recouvrant, Schifano aborde, en même temps que des préoccupations sociopolitiques en usage à la fin des années 60, un autre médium de l'image, le cinéma.

Il s'essaye en 1968-1969 à un premier long métrage, ‘’Anna Cariti vista in agosto dalle farfalle’’, suivi d'une trilogie, ‘’Satellite’’, ‘’Umano non umano’’, ‘’Trapianto - Consuzione e morte di Franco Brocani’’, et une série de courts métrages en 16mm dans lesquels transparaissent les références au cinéma underground américain, en particulier celui d'Andy Warhol. Par ici, ‘’Umano non Umano’’, en
HD :


Finalement, en 1970, il retournera à la toile. Il y reportera des images télévisuelles dont l’Italie est abreuvée, déconstruisant l'illusion de l'image fugace pour reconstruire la positivité et la certitude de la peinture. Il utilise dans ses œuvres divers graphismes empruntés à la publicité, à la signalisation, il mêle personnages historiques et actualités, non d'un point de vue sociologique mais par une farouche volonté d’analyser les processus perceptifs.

Mario Schifano, artiste postmoderne et expérimentateur de perceptions.
Mario Schifano, artiste postmoderne et expérimentateur de perceptions.
Mario Schifano, artiste postmoderne et expérimentateur de perceptions.
Mario Schifano, artiste postmoderne et expérimentateur de perceptions.

Une démarche finalement, dans la suite logique de ses dépendances aux substances, qui engendrent des troubles de la perception. Selon la large médiatisation positive des années 1950, il suffirait de prendre du LSD pour provoquer en soi des effets prodigieux, d'où son qualificatif d'instant nirvana. À l'inverse dans les années 1960, l'augmentation de la consommation hors d'un cadre scientifique génère de nombreux accidents qui lui donnent une image de ‘’roulette russe chimique’’, à l'origine de son interdiction.

Le LSD, substance phare de la contre-culture des années 1960 et 1970 est certainement partie prenante de la vie et de l’œuvre de l’expérimentateur de perceptions qu’était Mario Schifano. Les stupéfiants et les artistes ont toujours fait bon ménage. Le LSD ou la mescaline pour Alex Grey, dont les œuvres psychédéliques s’arrachent à prix d
’or, le Mescal pour Henri Michaux, l’opium pour Jean Cocteau, le C2H5OH pour Stanislaw Witkiewicz, et tellement d’autres encore, les artistes prompts à modifier leur état de conscience en ne définissant aucune limite, sont et ont toujours été à la recherche de déclencheurs de créativité et de variations de perception. Le voyage par les psychotropes en est la porte ouverte mais dangereuse selon le produit. On s’accorde à distinguer 3 catégories de psychotropes selon l'effet qu'ils produisent sur la conscience :

- Les psycholeptiques, qui abaissent le niveau de conscience et d’activité et qui procurent un apaisement des sensations douloureuses, physiques et psychiques, associé à une composante onirique importante. Ces substances, principalement de la famille pharmaceutique des dérivés opiacés (opium, morp
hine, héroïne,...) sont très addictogènes et dont le surdosage peut entraîner le décès.

- Les psychoanaleptiques, qui stimulent le niveau de conscience sans en modifier la qualité (cocaïne, crack, amphétamines, café...). Produits de la performance, du dopage, de l’excitation psychique et physique, ils sont eux aussi très addictogènes, plus sur un
plan psychologique que somatique, et leur usage régulier entraîne un épuisement psychosomatique caractérisé.

- Les psychodysleptiques, qui perturbent qualitativement la conscience. Quasiment synonymes d’hallucinogènes, ils entraînent des états modifiés de conscience (plantes et champignons hallucinogènes, cannabis, molécules de synthès
e, LSD,...). Ils ne sont que très peu addictogènes, mais peuvent révéler des troubles mentaux sous-jacents.

La plupart des drogues n'ont pas de caractéristiques aussi tranchées. L’alcool en est le plus évident exemple, qui peut être tour à tour et selon le dosage, désinhibiteur, excitant, calmant, onirogène voire hypnotique. L'effet de tel ou tel psychotrope est étroitement lié à la personnalité de l’usager, à son état physique, à ce qu’il attend ou présume pouvoir attendre de son absorption, au contexte historique et social et, bien sûr, aux éventuelles autres substances associées.


Photo
s © Pinterest

Mario Schifano, artiste postmoderne et expérimentateur de perceptions.
Mario Schifano, artiste postmoderne et expérimentateur de perceptions.
Mario Schifano, artiste postmoderne et expérimentateur de perceptions.
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