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ZiK et ZinC

La culture alternative est un vivier d’expressions en marge.

Pogos ou quand l’ordre naît du chaos !

Publié le 17 Février 2016 par DB-RBV

Pogos ou quand l’ordre naît du chaos !

Le 16 février dernier Mick Jagger déclarait, en espagnol, après 3 concert de folie à La Plata :’’Definitivamente acá hacen el mejor pogo del mundo!”, et courronnait ainsi le pays du Che comme celui du meilleur pogo au monde :

Les légendaires Rolling Stones ont offert à l'Estadio Unico de La Plata, à 56 km au sud-est de Buenos Aires, trois concerts dans le cadre de leur tournée 2016 en Amérique du Sud. Les pogos s'enchaînaient. 148 personnes ont été arrêtées par les autorités.

Quelques jours plus tôt, le vendredi 12 fevrier dernier à la Comedia de Montreuil, à l’occasion de la sortie de l’album de Human Dog Food, le pogo allait aussi bon train aussi et a atteint son apogée lors du passage du groupe britannique Billy Club :

La danse a toujours été un élément central de l'ambiance des concerts punk. Représentant l'état d'esprit punk, les danses punks n'ont au départ pas de règles et consistent à remuer frénétiquement en tout sens au son des rythmes rapides, en n'hésitant pas à l'occasion à bousculer son voisin.

Cette danse barbare et conviviale, a été inventé par Sid Vicious des Sex Pistols, alors qu'il ne faisait pas encore partie du groupe. Pour mieux voir ses potes sur scène, l’icône du punk, sautait frénétiquement de bas en haut. Rapidement, l’assistance se mit alors à l'imiter.

Les danseurs de pogo maintiennent leur torse raide, les bras rigides et les jambes rapprochées. Souvent, ils entrent en collision, mais pas nécessairement. Un observateur non averti pourrait avoir l'impression que les danseurs s'attaquent les uns les autres, mais le plus souvent, lorsqu'ils tombent au sol, ils sont aidés pour ne pas se
faire piétiner.

Pogos ou quand l’ordre naît du chaos !
Pogos ou quand l’ordre naît du chaos !
Pogos ou quand l’ordre naît du chaos !
Pogos ou quand l’ordre naît du chaos !
Pogos ou quand l’ordre naît du chaos !
Pogos ou quand l’ordre naît du chaos !
Pogos ou quand l’ordre naît du chaos !
Pogos ou quand l’ordre naît du chaos !
Pogos ou quand l’ordre naît du chaos !
Pogos ou quand l’ordre naît du chaos !
Pogos ou quand l’ordre naît du chaos !
Pogos ou quand l’ordre naît du chaos !
Pogos ou quand l’ordre naît du chaos !

À l'image du punk hardcore, plus agressif, qui émerge au début des années 1980, la danse devient plus violente et évolue vers le mosh. Là, les danseurs courent et sautent en se poussant délibérément et se percutant les uns les autres.

Le Mosh ou Mosh Pit proche du pogo, dont c'est la variante hardcore et souvent plus violent, a germé en 1981 aux Etats-Unis. Il est en général pratiqué dans un cercle. À l’origine, c’était les gens situés juste à côté de la scène qui dansaient le mosh. Il est maintenant fréquent de voir des cercles de mosh pit disséminés dans le public entier, ou qui incluent tout le
public.

Parmi les autres variantes du pogo, le ‘’stage diving’’, qui consiste à sauter sur la foule en prenant son élan depuis la scène pour se laisser porter par les mains levées des spectateurs.

Le pogo a également donné naissance au slam, aussi appelé ‘’body surfing’’. il consiste à sauter de la scène et se faire porter par la foule, allongé sur les
mains du public. Le Wall of death (mur de la mort ou braveheart ou encore le War) est une autre des variantes plus collective encore. La fosse se sépare en deux, et au signal du chanteur le plus souvent, les deux parties se foncent dessus et se rencontrent violemment. Le groupe Caliban en a organisé un immense lors de l'édition du Wacken 2006 en Allemagne, le plus grand festival de heavy metal au monde :


Tout le public qui tourne dans le même sens, généralement au signal de l'un des membres du groupe présent sur scène, c’est le circle pit. Cette variante de la fin des années 1980 est pratiquée encore aujourd'hui dans les concerts de metal, death metal, hardcore. Au Hellfest 2013, le chanteur et le guitariste du groupe français Mass Hysteria descendent dans le public et lancent un circle pit autour d'eux :

Il y a quelques années, une équipe de scientifiques américains a réalisé une étude poussée sur la question. Présentée par le Laboratory of Atomic and Solid State Physics and Department of Physics de l’Université Cornell de New York, elle s’intitule :

‘’Collective Motion of Moshers at Heavy Metal Concerts (Le Mouvement Collectif des Moshers lors des Concerts de Heavy Metal)’’.

Cette recherche menée par Jesse L. Silverberg, Matthew Bierbaum, James P. Sethna et Itai Cohen, a pour objectif d’analyser en profondeur les tenants et aboutissants des attitudes des pogotteurs déchaînés.

Et c’est par l’entremise d’une flopée de vidéos YouTube, rassemblées dans les notes de bas de page de l’étude, que l’équipe de scientifiques a essayé de comprendre les mosh pit à l’aune de la physique :

En introduction, les scientifiques annoncent que le comportement collectif des humains peut varier du calme à la panique en fonction du contexte social.

Dans un jargon très précis, l’étude décrit les conditions extrêmes que l’on trouve typiquement dans des concerts. Ce qui entraîne souvent des blessures, y explique-t-on, réside dans le fait que l’esprit collectif est influencé par la combinaison d’une musique forte et rapide (130 décibels, 350 battements par minute) synchronisé avec des lumières clignotantes et brillantes et de fréquentes intoxications (drogue
s et alcool).

Cet ensemble de critères, qui constituent l’environnement, va déterminer le comportement des spectateurs, leurs réactions. La cause étant adjugée (l’ambiance, la musique “forte et rapide”, la consommation de drogues), la conséquence est, évidemment, le pogo ou le mosh pit. Et avec les données qui ont été calculées par le laboratoire new yorkais, il en ressort un parallèle étonnant.

Prises ensemble, ces recherches soutiennent l’idée d’une forte analogie entre les pogos et le gaz [...]. La distribution de la vitesse mesurée au sein des mosh pit est en équilibre avec la distribution de la vitesse d’un gaz 2D classique, autrement connu sous le nom de statistique de Maxwell-Boltzmann.

En d’autres termes, la conclusion de l’étude soumet un parallèle entre une loi de probabilité qui déterminerait la répartition de particules de gaz et… un pogo au cours d’un concert punk. Pour faire simple, les participants d’un mosh pit sont comparés à des molécules ou des atomes de gaz. Car leur caractéristique principale est leur indépendance.

Mais le plus interpellant réside dans la question-conclusion. Pourquoi un système non-équilibré par nature expose-il à des caractéristiques équilibrées ? Et l’étude de conclure :

D’autres recherches avec la même approche pourraient améliorer notre compréhension des mouvements collectifs lors de manifestations, d’émeutes et de foules paniquées, permettant la création de nouveaux principes, ce qui réduirait les risques de blessures. Car en somme, l’ordre naîtrait du chaos.

Photos © RBV

Photos © RBV

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