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ZiK et ZinC

La culture alternative est un vivier d’expressions en marge.

L'artiste urbain Murad Subay démine le Yémen de ses non-dits.

Publié le 24 Octobre 2015 par DB-RBV

L'artiste urbain Murad Subay démine le Yémen de ses non-dits.
L'artiste urbain Murad Subay démine le Yémen de ses non-dits.
L'artiste urbain Murad Subay démine le Yémen de ses non-dits.
L'artiste urbain Murad Subay démine le Yémen de ses non-dits.
L'artiste urbain Murad Subay démine le Yémen de ses non-dits.
L'artiste urbain Murad Subay démine le Yémen de ses non-dits.

On le surnomme le Banksy du Yémen. Mais contrairement au street artist britannique qui dissimule son identité, Murad Subay, 29 ans en juillet prochain, expose ses oeuvres dans la rue à la vue de tous, dans un pays en guerre. Presque à lui seul, il a déclenché le mouvement culturel du street art yéménite.

Ses peintures ornent les murs de Sanaa, la capitale, pour dénoncer les atrocités de la guerre civile qui oppose milices chiites au gouvernement sunnite, soutenu par l'Arabie Saoudite et, en filigrane, les États-Unis. En moins de sept mois, le conflit a déjà fait entre 5.000 et 10.000 morts et pas moins de 25.000 blessés (chiffres Le Monde 22 octobr
e 2015).

En 2011, Murad était l’un des leaders du printemps arabe au Yemen. Aujourd'hui, c'est un pacifiste convaincu. Avec ses bombes... de peintures, l’artiste combat aussi la dérive islamiste que connaît ce pays longtemps soupçonné d’être un fief d’Al-Qaida dans la péninsule arabique. Contrairement à Banksy, Murad opère à visage découvert, malgré les menaces de mort découlant de ses prises de positions.

Avec ses peintures murales chargées de messages de paix, dans un paysage de désolation avec des traces de balles révélateurs des combats qui font rage, Murad Subay a fait sensation sur la toile et dans les rues des vill
es de son pays . Il ne se contente pas de hurler sur les murs sa réprobation, l'artiste-citoyen invite, depuis plus de 2 ans, les habitants à se joindre à lui et à l’aider à créer. Et ça marche. Les soldats auraient même échangé le temps d’un instant, leurs armes contre brosses et pinceaux.

Souvent ironique et irrévérencieux dans ses messages, se référant aux questions incendiaires comme les frappes de drones et le Yémen "disparu", Murad Subay estime qu’avec l’art urbain on peut transmettre en une fraction de seconde , le message d’une conférence d'une heure. Sans doute peu pris au sérieux, malgré près de 2.000 peintures politiques qui égrènent les murs de son pays, les autorités locales ne l’ont encore ni censuré, ni arrêté.

Pourtant, la censure est activement pratiquée dans le pays. Violant la constitution, les forces de l'ordre interceptent régulièrement les communications téléphoniques et Internet et les journalistes critiques du gouvernement sont souvent harcelés et menacés par la police. Le pays compte plusieurs prisonniers d'opinion, selon le rapport en 2009 d’Amnesty International. Le 6 août 2015, la Française Isabelle Prime, enlevée à Sanaa le 24 Février 2015 est libérée après 6 mois
de captivité.

C’est la corruption et le chaos économique qu'il a vu pendant la crise de 2011, quand le Yémen a plané au bord de la guerre civile totale, qui ont poussé Murad Subay à l
’action. "Jeter des pierres ne suffit pas, nous ne changera rien. Alors que puis-je faire sinon peindre mon indignation ?’’ explique l’artiste.

Murad Subay a commencé à peindre en 2001. Un diplôme en littérature anglaise en poche, obtenu en 2012 à l'Université de Sanaa, il lance une première campagne artistique "Couleur les murs de votre rue’’. La campagne visait à effacer les vestiges de la guerre dans les zones les plus touchés. Lors de cette campagne qui a duré environ trois mois, Subay a utilisé les médias sociaux pour rassembler une foule de supporters afin de recouvrir de peinture, les terribles cicatrices des affrontements. Des peintures murales aux couleurs pastels appelant à la paix apparurent bientôt partout. À Sanaa, la capitale mais également à Aden, Taizz, Ebb and Ho
deidah.

L'artiste urbain Murad Subay démine le Yémen de ses non-dits.
L'artiste urbain Murad Subay démine le Yémen de ses non-dits.
L'artiste urbain Murad Subay démine le Yémen de ses non-dits.
L'artiste urbain Murad Subay démine le Yémen de ses non-dits.
L'artiste urbain Murad Subay démine le Yémen de ses non-dits.
L'artiste urbain Murad Subay démine le Yémen de ses non-dits.
L'artiste urbain Murad Subay démine le Yémen de ses non-dits.
L'artiste urbain Murad Subay démine le Yémen de ses non-dits.
L'artiste urbain Murad Subay démine le Yémen de ses non-dits.
L'artiste urbain Murad Subay démine le Yémen de ses non-dits.
L'artiste urbain Murad Subay démine le Yémen de ses non-dits.
L'artiste urbain Murad Subay démine le Yémen de ses non-dits.
L'artiste urbain Murad Subay démine le Yémen de ses non-dits.
L'artiste urbain Murad Subay démine le Yémen de ses non-dits.
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L'artiste urbain Murad Subay démine le Yémen de ses non-dits.
L'artiste urbain Murad Subay démine le Yémen de ses non-dits.
L'artiste urbain Murad Subay démine le Yémen de ses non-dits.
L'artiste urbain Murad Subay démine le Yémen de ses non-dits.

Enhardi, il a alors créé "Les Murs se suviennent de leurs visages", une série de 102 portraits de journalistes, politiciens, écrivains et activistes qui ont disparu, enlevés ou tués. Et là aussi, la foule se presse pour aider Murad Subay dans son travail. Cette 2ème deuxième campagne qui a duré environ sept mois a atteint les provinces de Sanaa, Ibb, Taiz et Hudidah.

L'artiste urbain Murad Subay démine le Yémen de ses non-dits.

La troisième et la plus récente campagne qui a duré un an, s’intitule "12 Heures". Son principal objectif est de pointer du pinceau, 12 problèmes majeurs de la société yéménite12 Heures", parmi lesquelles la prolifération des armes, l'enlèvement et la pauvreté... Une campagne classée par un chercheur de l'Université américaine de Saint George, comme l'un des cinq actions qui ont eu un fort impact sur la politique à travers le monde. En plus des frappes de drones et du sectarisme, Murad Subay y aborde le contrôle des armes, le recrutement d'enfants et la corruption. Les œuvres effectuées lui ont permis de gagner la "Art for Peace Award" de la Fondation italienne Veronesi. qui récompense un artiste chaque année pour des oeuvres d'art favorisant la paix dans le monde. Il a reçu son prix lors de la 6e conférence internationale "La science pour la paix" en novembre 2014.

L'artiste urbain Murad Subay démine le Yémen de ses non-dits.

Subay a également reçu une offre d'appui de l'Organisation des Nations Unies. Offre qu’il a décliné afin de maintenir son autonomie. En effet, l’artiste met un point d’honneur à n’accepter que le soutien des amis, la famille et les fans locaux,, alimentant ainsi son sens de l'action collective. Par ici, un reportage de Sylvain Lepetit et Julien Fouchet pour Spicee :


Murad Subay est optimiste. Pour lui, les formes culturelles de protestation comme la poésie et les graffitis peuvent être une étape pour amorcer des changements au Yémen. Même s’il garde l’espoir, Subay, cependant, reste sceptique sur les chances de l'art de modifier la politique. Selon lui, la stratégie de lutte contre le terrorisme des États-Unis sera probablement poursuivie.
Mais dans une région où les habitants ont si souvent vécu des moments de violence et sous l’égide de dictateurs, une manifestation pacifique de ce genre ne peut qu’être saine et positive.

Ar
ticle © DB-RBV
Photos © Jamal & Murad Subay

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