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ZiK et ZinC

La culture alternative est un vivier d’expressions en marge.

Manding groove, la musique par le sang !

Publié le 4 Mai 2015 par DB-RBV

Manding groove, la musique par le sang !

On n’échappe pas à son destin. Le parcours de Kamory Kouyaté nous le signifie. Kouyaté. Un nom qui sonne comme une marche à suivre. Rageant lorsqu’on est ado et qu’on rêve de devenir footbaleur professionnel. Le voilà donc, les brumes de la contestation adolescente dissipées, musicien dans le groupe qu’il a fondé, Manding groove. Face à un destin, inculqué de père en fils.

Manding groove, la musique par le sang !
Manding groove, la musique par le sang !

Son ancêtre, Balla Fasséké Kouyaté, était le griot personnel de Soundiata Keïta, un souverain mandingue (actuelle Guinée). Si son berceau est en Guinée, l'Empire mandingue s'étendait, à son apogée, au milieu du XIIIe siècle, de l'Afrique occidentale,, du sud du Sénégal aux frontières du Tchad à l'est, englobant l'actuel Mali, une partie de l'actuel Burkina Faso, le nord de la Côte d'Ivoire et du Ghana. Son apogée correspond au règne de l'empereur Soundjata Keïta dont les glorieux exploits ne cessent d'être commémorés encore de nos jours.

Naré Maghann Konaté, à sa mort, avait offert à son fils Sundjata, que la prédiction des chasseurs-sorciers annonçait comme futur chef de l'Empire, Balla Fasséké, comme griot. Il avait pour mission de lui servir de soutien et l'accompagner dans son règne. Balla Fasséké, le griot de Soundiata Keita donna naissance à la lignée des griots Kouyaté dont l'activité se poursuit encore de nos jours.

La caste des griots s'est développée dans un contexte où l'écriture était inexistante. Le griot est ainsi considéré comme étant notamment le dépositaire de la tradition orale. Les familles griotiques sont spécialisées soit en histoire du pays et en généalogie, soit en art oratoire, soit en pratique musicale, ce qui est le cas de Kamory Kouyaté qui pratique le balafon.

Le balafon d'Afrique occidentale est une sorte de xylophone, comportant généralement entre 16 et 27 notes produites par des lames de bois que l'on percute avec des baguettes et dont le son est amplifié par des calebasses disposées en dessous. On en joue soit debout avec des sangles soutenant le balafon, soit assis, et on le frappe au moyen de deux baguettes recouvertes de caoutchouc. Particulièrement présent dans la musique mandingue, son existence est attestée depuis le XIVe siècle. Le premier balafon serait né dans le Royaume de Sosso (XIIe siècle), entre la Guinée et le Mali. Ce balafon existe encore et est nommé Sosso Bala.

Ce balafon se trouve aujourd'hui en Guinée, dans le village de Niagassola, à proximité de la frontière avec le Mali. Il y est conservé par les descendants de Balla Fasséké Kouyaté dans une case sacrée et est sous la responsabilité du patriarche qui porte le titre de balatigi (maître du balafon) qui n'en joue que pour enseigner aux e
nfants ou dans des occasions particulières.


Une cérémonie a lieu tous les ans avec ce balafon, classé en 2001 par l'UNESCO comme « patrimoine culturel immatériel de l'humanité » l'espace culturel du Sosso Balla, incluant l'instrument et les traditions orales et musicales qui y sont liées.

Être griot, c'est donc appartenir à la caste des djélis (sang), caste qui peut être identifiée par le nom de famille. Kouyaté, mais aussi et ailleurs Diabaté, Niakaté, Soumano, Sissoko... Il n'est pas possible de passer d'une caste à une autre. De plus, les mariages exogames sont interdits. Les djéli, porteurs des savoirs et des mystères, ne peuvent épouser que des membres de leur caste afin de sauvegarder la djéliya et de préserver l'identité des djélis.

Fille ou garçon, celui qui est né dans une famille de djéli, reçoit l'instruction propre à sa caste, une instruction qui s'établit selon neuf piliers de sept années chacun, chaque pilier correspondant à une étape de la vie. Les liens du sang sont sacrés. Tout enfant est initié dès son plus jeune âge aux techniques et aux savoirs de sa caste. Ce sont les anciens qui forment les jeunes. De nos jours, du fait de l'exode rural, de l'émigration et de la mondialisation, nombreux sont les enfants de griots qui ignorent tout des pratiques artistiques et des connaissances de leurs ancêtres. Mais chez les Kouyaté, on ne l’entend pas de cette oreille. La tradition doit être poursuivie, les Kouyaté étant les fiers descendants d’une des plus anciennes lignées de griots.

Dans la lignée Kouyaté, il y a Bassékou est le plus célèbre musicien vivant. Il s'est produit avec U2, Santana, Damon Albarn ou Taj Mahal. Son petit frère Andra n’est pas moins doué, il a accompagné pendant plusieurs années Rokia Traoré, Tiken Jah Fakoly et bien d’autres. Jusqu’au jour où les deux frères se sont retrouvés et ont monté ensemble, en 2005 le groupe Bassekou Kouyaté et les Ngoni Ba, sorte de guitares héros, virtuoses du ngoni)

Les frères Kouyaté ont en effet révolutionné l’utilisation classique du ngoni, une forme de luth traditionnel à 4 cordes. Ils font la révolution mais ils sont avant tout les dépositaires d’une tradition qui a plus de 8 siècles. Andra s’amuse à trafiquer l’instrument pour lui donner une sonorité plus rock.

Puis les deux frères se séparent, Andra le plus jeune décide de voler de se
s propres ailes et de sortir un album solo.

Bassékou continue à jouer en famille avec ses deux fils et sa femme Amy Sacko. Mais il conserve l’idée de génie du petit frère : brancher le ngoni sur une pédale wah-wah, ce qui lui donne un son presque distordu, parfois jusqu’à saturation…

Maître du ngoni traditionnel, Bassékou se permet tout. Il ajoute des cordes, utilise des effets, adapte son accordage de manière à pouvoir dialoguer avec les instruments occidentaux. Pour lui, le ngoni, plus vieil instrument des griots dans son pays, restait isolé, alors qu’il offre mille possibilités. Il fallait le faire sortir. Et ils l’ont fait.

Kamory Kouyaté, lui, fait figure de jeune pousse. Mais avec son balafon, la relève des griots est assurée. En voici la démonstration lors du concert de son groupe Manding Groove le samedi 2 mai dernier à l’Omadis, un café-concert au 43, rue Doudeauville dans l
e 18ème :

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