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ZiK et ZinC

La culture alternative est un vivier d’expressions en marge.

Chasse au gaspi : À Berlin, on dégaine les frigos. En France, on se tâte.

Publié le 12 Avril 2015 par DB-RBV

Chasse au gaspi : À Berlin, on dégaine les frigos. En France, on se tâte.

Photo © DPA

Récupérer les denrées alimentaires des grandes surfaces, marchés et autres commerces, considérées comme invendables mais toujours consommables, et les mettre à disposition des plus démunis ? Rien de très original. En France, les Restos du Cœur le font depuis des années, comme pas mal d’associations. Mais au Secours Populaire comme dans bien nombre d'association d'entraides, recevant des subventions, les associations se doivent de rendre des comptes. Pour bénéficier de l'aide alimentaire, il faut passer par le barrage de l’assistante sociale du Conseil Général. Et justement ! Là où le projet de Lebensmittelretter, sorte de Robin des Bois de la consommation, est innovant, c’est que pour redistribuer cette nourriture, des réfrigérateurs ont été disposés un peu partout dans la ville, en libre service. En toute dignité. En toute simplicité.

Au lieu d’aller au supermarché, les Berlinois peuvent se servir, en ouvrant simplement l’un des vingt-un Fairteiler, réfrigérateurs urbains, disséminés à Berlin, chez les commerçants, dans des cafés, des locaux d’associations et dans les rues.

Chasse au gaspi : À Berlin, on dégaine les frigos. En France, on se tâte.
Chasse au gaspi : À Berlin, on dégaine les frigos. En France, on se tâte.
Chasse au gaspi : À Berlin, on dégaine les frigos. En France, on se tâte.
Chasse au gaspi : À Berlin, on dégaine les frigos. En France, on se tâte.

Depuis 2012, une association de «Lebensmittelretter», «Foodsavers» en anglais, ou «Les Sauveurs de Nourriture» en français, collectent les aliments approchant de leur date de péremption dans les supermarchés, et les sauvent de la poubelle en les disposant dans ces frigos, tout de même destinés en priorité aux plus démunis, qui peuvent ainsi avoir accès à de la nourriture et de l’aide sans pour autant être stigmatisés, puisque c’est une pratique commune.. Les particuliers et les passants peuvent également déposer de la nourriture pour achalander cette sorte de supermarché particulier, puisqu’on ne sait jamais ce qu’on va y trouver. Les appareils sont remplis jusqu’à trois fois par jour par des Berlinois de tous âges, et même par des touristes. Et le tout gratuitement, insiste le quotidien allemand Taggespiegel :

L’association allemande Lebensmittelretten, à l’origine de cette initiative est à la base un site participatif spécialisée dans la récupération et le partage de nourriture entre particuliers, le « foodsharing ».

Chasse au gaspi : À Berlin, on dégaine les frigos. En France, on se tâte.

Elle a eu l’idée de mettre en place ces frigos dans Berlin, afin de lutter contre le gaspillage et la faim. L’an dernier, lors du «FairTeiler» (Partage Honnête), avec 1.700 bénévoles à Berlin et 8.000 dans tout le pays, elle a réussi à former un réseau d’un millier de supermarchés partenaires et partage sa collecte avec des centres d’accueil pour les sans-abri. Les supermarchés aussi y trouvent leur compte. Plus besoin de place pour les containers de déchets et les coûts de traitement des ordures se réduit sensiblement.

Photo FairTeller

Photo FairTeller

Ce projet de frigos partagés va plus loin puisqu’il implique également les restaurants, dont certains ont accepté que les bénévoles de l’association viennent récupérer régulièrement les denrées invendues et non périmées.

Dernière inconnue ! Comment est prévu l’entretien des frigos ? Tout simplement, sur la porte, une affichette rappelle quelques règles de savoir vivre : la nourriture doit être saine et consommable. Et les utilisateurs sont appelés à donner un coup de chiffon pour g
arder propre le frigo.


Un civisme difficile à obtenir en France où d’ailleurs, la récupération de denrées alimentaires invendues est encore assez taboue et minoritaire, quand elle n’est pas réprimée par certaines municipalités. Chaque année, nos déchets alimentaires représentent pourtant 10 millions de tonnes. En moyenne, les Français jettent 20 kg à 30 kg de déchets alimentaires chaque année, dont 7 kg de produits non consommés encore emballés ! Et nous ne sommes pas les seuls. En Belgique, par exemple, les gens jettent l’équivalent de 174 euros de nourriture à la poubelle chaque année, en Grande-Bretagne, un aliment acheté sur quatre est balancé et aux États-Unis, la nourriture non consommée et jetée à la poubelle s’élèverait à 450 millions de dollars par jour. Salée l’addition :

Aux Etats-Unis une start-up de Seattle a développé un service pour smartphone, LeftoverSwap [“échange de restes”] qui permet d’alerter la communauté, et surtout ses voisins de quartier,  à chaque fois qu’il nous reste de nourriture non consommée (une demi pizza, des yaourts non consommés, etc). Ces restes sont proposés gratuitement à ceux qui en ont besoin et viennent les chercher :

En France, il existe aussi les initiatives des associations et des sites de foodsharing. Partagetonfrigo,  le zéro gaspillage convivial, est une association créée en avril 2013 qui propose une application géolocalisée de partage alimentaire :

http://www.partagetonfrigo.fr

Chasse au gaspi : À Berlin, on dégaine les frigos. En France, on se tâte.

Même si de nombreuses grandes surfaces donnent déjà des produits alimentaires invendus à des associations de l’Hexagone (32% des dons alimentaires viennent des grandes surfaces), une soixantaine de députés souhaitent rendre cette pratique légale. C’est à dire que bientôt, les supermarchés à la surface de plus de 1000 m² pourraient être obligés de faire don de leurs invendus alimentaires encore consommables aux associations.

À l’occasion de l’examen sur le projet de loi Macron, le Sénat vient d’autoriser ce vendredi 10 avril 2015 les supermarchés, à distribuer les invendus a
limentaires à des associations.

Une mesure consensuelle, même si son application pourrait s'avérer compliquée. Les sénateurs, en examinant ce projet de loi sur "la croissance et l'activité", ont joué les grands princes. Ils ont adopté à l'unanimité, sous les applaudissements, un amendement centriste défendu par Nathalie Goulet permettant aux magasins de commerce de détail, d'une surface supérieure à 1000 mètres carrés, de "mettre en place une convention d'organisation de la collecte sécurisée des denrées alimentaires invendues encore consommables au profit d'une ou plusieurs associations d'aide alimentaire".

Mais c’est pas encore gagné ! Pour que cette disposition puisse entrer en vigueur, il faut qu’elle soit également votée à l’Assemblée nationale.

Le ministre de l’économie Emmanuel Macron a fait savoir qu’un rapport avait été demandé au député PS Guillaume Garot et qu’il sera remis le 15 avril.

Quelque 1.700 amendements ont été déposés sur l’ensemble du texte dont l’examen va durer jusqu’au 18 avril. Il fera l’objet d’un vote solennel le 6 mai. Le gouvernement a demandé la procédure accélérée, c’est-à-dire une lecture par chambre.

Quand on couple les chiffres du gaspillage alimentaire des français au niveau de chaque foyer (en moyenne 20 à 30 kg par français et par an) avec ceux des grandes surfaces (200 tonnes de déchets par grande surface et par an), quand on sait qu’un tiers de la nourriture produite dans le monde est gaspillée, on ne peut qu’espérer la lucidité de nos élus. On et amené par ailleurs à saluer l’initiative de Lebensmittelretten en espérant qu’elle se propage très vite chez nous, et dans le monde ! Le gaspillage alimentaire concerne la planète entière.

(Sources: berlinonline, taz, foodsharing, lefigaro, meltyfood, spiegel, Agence France Presse)

Photo © DP

Photo © DP

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