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ZiK et ZinC

La culture alternative est un vivier d’expressions en marge.

Aux arbres, citoyen !

Publié le 19 Mars 2015 par DBRB

Aux arbres, citoyen !
Affiche 1969
Affiche 1969

Avez-vous déjà lu Erri De Luca ? Auteur prolifique, il a obtenu en 2002 le prix Femina étranger pour son livre Montedidio et le Prix européen de littérature en 2013.

L'italien est pour lui une seconde langue et il a toujours parlé le napolitain avec sa mère jusqu'à sa mort en 2009 tandis que son père tenait à ce que sa sœur et lui parlent un italien parfait. Erri De Luca revendique ce double héritage, son appartenance d'écrivain à Naples et son amour de l'italien, la langue de son père dans laquelle il reconnaît sa patrie. Ses romans se situent tous à Naples et ont tous un fondement autobiographique.

Alpiniste chevronné, Il a notamment parcouru au Népal les massifs de l'Annapurna et du Dhaulagiri avant qu'un infarctus ne lui interdise les courses en montagne. Dans son livre Sur la trace de Nives (Gallimard, 2006), il raconte son aventure dans l'Himalaya en compagnie de l'alpiniste italienne Nives Meroi devenue célèbre pour avoir été la première femme à avoir vaincu dix sommets de plus de 8 000 mètres.

Ce grand écrivain italien parle le français et a étudié seul plusieurs langues dont l'allemand pour arriver au yiddish. Il a traduit des textes de poètes juifs s'exprimant dans cette langue menacée de disparition.

« La seule façon pour moi de donner tort à Hitler et à l'Histoire, c'est de l'apprendre. », explique-t-il dans l’émission ‘’Le Bateau livre’’ de Frédéric Ferney sur France 5 en 2004 :

http://www.frequency.com/video/erri-de-luca/36064586

«... J'ai appris le yiddish pour faire quelque chose contre l'anéantissement d'une langue plus que contre l'anéantissement d'un peuple : je ne peux rien faire contre cela, car je suis arrivé trop tard. Mais je peux lutter contre l'anéantissement d'une langue en l'apprenant, en l'étudiant, en la chantant, en la lisant. » Et c’est sa réponse au questionnaire de Proust du magazine Lire. Que voici ! Mais dans l’Express :

http://www.lexpress.fr/culture/livre/erri-de-luca-je-n-ai-plus-peur-de-rien_809218.html

Ancien membre actif du mouvement d'extrême gauche «Lotta continua», il a préféré l'engagement politique à la carrière de diplomate à laquelle il était prédestiné. Ouvrier itinérant, il a exercé diverses activités: manutentionnaire, chauffeur de camions, maçon...

L'écrivain napolitain occupe aujourd'hui la une des journaux à la rubrique judiciaire. Solidaire du mouvement No Tav opposé à la construction de la ligne grande vitesse Lyon-Turin, il est accusé d'incitation au sabotage par la société Lyon-Turin Ferroviaire L.T.F. S.A.S.

La Lyon-Turin Ferroviaire, une filiale de l’entreprise publique SNCF Réseau et de son homologue italien, veut construire pour près d’une dizaine de milliards d’euros, un tunnel TGV au travers des Alpes pour nous entraîner encore plus dans une vie à grande vitesse. Elle entend le faire condamner pour des propos sur le sabotage du projet dans une interview accordée au Huffington Post italien. Le procès s'est ouvert à Turin le 28 janvier 2015 et a été reporté au 16 mars et se déroule en ce moment même. Erri De Lucas risque une peine pouvant aller de un à cinq ans de prison ferme.


Pour préparer sa défense, il a rédigé un court pamphlet, La Parole contraire (traduit en français chez Gallimard, 2015), dans lequel il se livre à une analyse sémantique attentive, consciencieuse et précise. « Saboter est un verbe noble, utilisé par Gandhi et Mandela », note Erri De Luca. « Et moi, je continuerai à dire qu’il faut saboter le projet, car je suis convaincu qu’il faut empêcher ce chantier. Pour réaliser cette ligne Lyon-Turin, il faudrait percer des montagnes bourrées d’amiante et de pechblende. Lutter contre, c’est une défense légitime contre l’agression physique, politique, chimique… C’est la vie de toute une vallée qui en dépend », insiste cet amoureux de la nature.

Car cet auteur rebelle est surtout, un adorateur des arbres. Dans un documentaire qu’il leur a consacré il affirme : « Ils sont comme nous, racines en terre et tête vers le ciel. » Alors il en plante de nouveaux chaque année, parce que « celui qui fait l’écrivain, doit rendre au monde un peu du bois abattu pour imprimer ses livres ».

Dans le documentaire Alberi che camminano (Les arbres qui marchent), dont il est non seulement l’auteur mais aussi le narrateur, Erri De Luca disserte longuement sur sa passion pour les arbres, « figures opposées au mouvement, parce qu’ils naissent et meurent au même endroit ».


L’intellectuel se délecte à explorer les entrelacs entre la vie des arbres et celle des hommes. « En hébreu ancien, il n’y a qu’un seul mot pour dire arbre et bois », explique-t-il, fasciné par ce lien de vie tissé par la parole.

Les arbres et les mots, voilà les deux piliers de la vie de cet homme, célèbre dans le monde entier, qui vit seul, dans une grande maison qu’il a construite de ses propres mains il y a trente ans, dans les environs de Rome.

Le documentaire Alberi che camminano "Les arbres qui marchent’’ , écrit par Erri De Luca et réalisé par Mattia Colombo, explore la relation entre l'homme et la nature en suivant les nombreuses transformations de bois de la matière première au produit fini . Le documentaire a été tourné entre le Trentin au nord de l’Italie et les Pouilles dans le sud de la botte. Trailer sur Vimeo: https://vimeo.com/84141056 Trailer sur You Tube : https://www.youtube.com/watch?v=Hk6UpcnS7cY

Un arbre a besoin de deux choses : de substance sous terre, et de beauté extérieure. Ce sont des créatures concrètes mais poussées par une force d'élégance. La beauté qui leur est nécessaire c'est du vent, de la lumière, des grillons, des fourmis et une visée d'étoiles vers lesquelles pointer la formule des branches. Le moteur qui pousse la lymphe vers le haut dans les arbres, c'est la beauté, car seule la beauté dans la nature s'oppose à la gravité. Sans beauté l'arbre ne veut pas. C'est pourquoi je m'arrête à un endroit du champ et je lui demande : « ici tu veux ? » Je n'attends pas de réponse, de signe dans la main qui tient son tronc, mais j'aime dire un mot à l'arbre. Lui sent les bords, les horizons et cherche l'endroit exact pour pousser. Un arbre écoute les comètes, les planètes, les amas et les essaims. Il sent les tempêtes sur les soleil et les cigales sur lui avec une attention de veilleur. Un arbre est une alliance entre le proche et le lointain parfait.

Trois chevaux de Erri De Luca

Photo ©  Bruno Levy / Divergence

Photo © Bruno Levy / Divergence

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